Qui est Paolo Doss Les 5 spectacles Maternelle
Primaire
Humanité Tout public
A thèmes
Associations Interventions 
adaptées Saint-Luc Photographies
a imprimer Dates et lieux des
représentations 
et formations adresse, tel,
fax, email...

 
  EN MARCHE


Paolo Doss, un clown semeur d'espérance

Paolo Doss est tout à la fois un clown, un poète, un jongleur de mots, un mime. Mais il cherche à faire rire, c'est avant tout pour nous dire des choses importantes et "parler à nos coeurs et âmes".
Rencontre.

- Etes-vous un poète ou un clown?
- Le clown est forcément poète dans son acceptation première. Je ne parle pas du clown bêtifiant utilisé pour vendre des produits commerciaux mais du fou du Roi, le seul personnage qui puisse être subversif et ébranler la société. Il a donc un rôle social important.
Mais le clown a ce double manteau: on veut lui ressembler car il possède des qualités de coeur et un côté enfantin mais en même temps, on le rejette parce qu'il est ce qu'on ne peut ou ne veut pas être. " nous dérange par ses effusions, ses rires, ses livraisons délirantes en public. .
Dans mes spectacles comiques et poétiques, j'ai envie de dire des choses importantes. Je n'apprends rien aux gens mais je réveille en eux sentiments, réflexions ou impressions.

- Quels messages voulez-vous faire passer?
- Chacun de mes spectacles aborde un thème. Dans « J'ai tout fait dans l'oeuf» (1987), je parle du désir d'enfant et des manipulations génétiques. Jamais je ne me moque des couples qui recourent à la fécondation médicalement assistée. Je ne veux pas juger, choquer. On peut rire des choses graves mais je trouve important de respecter le public.
Dans « Des espoirs au singulier» (1988), je traite de la solitude et du phénomène d'exclusion. Le clown
. est instigateur de situations de solitude qu'il vit lui-même. " a donc la permission d'en parler. Au public de s'y reconnaître ou non. Au cours du spectacle, le clown trouve le moyen de casser sa solitude.
Mon troisième spectacle « La graine du pêcher» (1992) aborde la recherche de la femme idéale, de sa moitié. Le clown se demande dans quelle mesure l'autre est indispensable à son bonheur.
Dans « Plats nets à vendre» (1993), je parle de l'écologie, de la terre. Mais je pars de l'écologie intérieure: si j'accepte de polluer la terre, c'est que j'accepte de me polluer moi-même. Enfin, dans « Rêve d'ange heureux» (1995), j'aborde la peur et l'au-delà. « Est-ce que j'existe en ciel »: c'est la question que je me pose souvent dans mon dernier spectacle.

- Avez-vous une idée de ce que sera votre prochain spectacle?

- Récemment, je me suis aperçu que mes cinq spectacles s'enchaînaient logiquement comme une ouverture du champ d'investigation de l'être humain: on naît, on est seul, on recherche l'autre, on s'intéresse au monde, on se pose des questions existentielles. Je compte aborder le langage et le symbole dans mon prochain spectacle. Vous voyez que l'on reste dans l'humain, la quête du bonheur et du sens de la vie.

- Comment concevez-vous vos spectacles?
- Je suis toujours soucieux de respecter le public, moi-même et la vie. Quand je compose mes textes, si je sens qu’un jeu de mots peut blesser ou est ambigu, je le laissé tomber. Jamais non plus je ne tombe dans la vulgarité, dans l'insanité. " Y a par contre beaucoup de tendresse et d'amour.
Je conçois également mes spectacles comme une histoire qui se poursuit. Ce ne sont pas des sketches qui se succèdent mais un enchaînement de situations gaies, tristes, amusantes... comme dans la vie où tout peut basculer d'un jour à l'autre.
- D'aucuns vous classent aux côtés de Raymond Devos, de Sol, du mime Marceau, etc. Comment le prenez-vous?
. - Devos et SOI, ce sont des maîtres mais pas à copier. Evidement, je préfère être comparé à eux q\J'à Jean-Marie Biggard mais je suis « moi» avant tout. Et l'accent que j'ai sur scène, je l'ai aussi dans la vie (ndlr: contrairement à Sol qui roule les« r»pour ses spectacles).

- Depuis plusieurs années, vous allez à la rencontre des enfants hospitalisés aux cliniques universitaires St Luc pour leur donner le sourire. Pourquoi cet engagement?
- C'est pour moi un engagement par rapport à la vie. J'abandonnerais beaucoup de choses mais pas ces rendez-vous réguliers. Un à deux jours par semaine, nous nous rendons à deux clowns dans les services pédiatriques de St Luc. Nombre des enfants hospitalisés sont atteints de pathologies lourdes et termineront leur vie à l'hôpital. Malgré leur maladie, leurs souffrances, ils arrivent pourtant à vivre le moment présent et à rire. Généralement, nous réalisons une animation pour un enfant à la fois. C'est de l'improvisation totale; nous avons juste un canevas et quelques accessoires. Ces animations demandent beaucoup de tact. D'ailleurs, nous avons des contacts préalables avec les services pour bien connaître l'enfant et éviter des impairs.
Nous sommes conscients par ailleurs que si nous apportons un peu de bonheur et de réconfort aux enfants et à leurs parents, nous ne devons pas attendre de guérison. Il faut rester humble.
Parfois, nous vivons des moments très durs, notamment de deuil. Mais cet engagement m'apporte une masse d'humanité et d'amour incandescent. Il m'interpelle aussi sur l'urgence du bonheur. C'est d'ailleurs le message d'espérance que je veux lancer dans mes spectacles: « relevons-nous et vivons heureux tout de suite car nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve »...

Entretien: Joëlle Delvaux
17 octobre 1996