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Paolo
Doss est en lui-même tout un spectacle les gestes,
les mimiques, l'accent, le rire... Prendre le petit
déjeuner en sa compagnie, c'est assurément
démarrer la journée sur les chapeaux de
roue. Avec les mots, il nous tient en haleine, exerce
un certain pouvoir mais pas comme un gourou, non, non,
surtout pas "parce qu'avec le gourou tu vas te
gourer... "
Parlez-nous
en quelques mots de l'individu Paolo Doss. Qui est-il
?
Alors... Je suis quelqu'un qui se fabrique des certitudes...
Ne prenez pas cet air-là, je les garde tant que
cela me sert ! Une certitude a cela d'intéressant
qu'elle m'indique une direction, me permet de partir
d'elle pour évoluer dans le temps. Je suis un
chercheur de vérités... avec un "S".
Je revendique ce changement de vérités.
C'est un peu comme un volcan, il est là depuis
des siècles, immuable, et à l'intérieur,
il y a un énorme travail qui s'opère.
J'essaye d'être un semeur d'espérances.
Chacun a son espérance. Je suis le semeur, pas
la graine... J'aime beaucoup les images et les métaphores
parce qu'elles m'aident à me ressentir comme
faisant pat1ie du Tout.
Qu'est-ce
qui vous frappe dans la société actuelle?
À quel point nous feignons de ne pas voir. À
quel point nous acceptons le monde tel qu'il est, comme
une fatalité, en sachant très bien que
nous pourrions le changer. Comment peut-on décider
de ne rien taire pour le changer? Et -je dis bien "et",
pas "mais" - malgré cela, je reste
très optimiste sur l'avenir de l'humanité,
de la planète.
Dans "frapper", il y a heurt, on est bien
ou mal heurté (bon-heur ou malheur). Le malheur,
c'est que l'on accepte que tout soit confoltable, par
manque de conscience ou volonté de ne pas se
mettre en réponse. Se remettre en question, c'est
bien mais il faut aussi se mettre en réponse,
prendre la responsabilité de répondre,
faire des choix et les assumer. Il y a des réponses
qui ne restent pas les mêmes.
Je prends un exemple anecdotique quand quelqu'un me
demande le chemin, je peux répondre "Je
ne sais pas", c'est plus confortable que de chercher,
de prendre la peine de trouver une carte, de regarder
le plan avec lui puis d'assumer car si c'est un Serbe
ou un Polonais, qu'il ne comprend rien, vous voilà
entraîné beaucoup plus 1 loin... Il faut
accepter de sortir de notre zone de confort.
Quels
sont vos objectifs quand vous présentez un spectacle?
J'essaye d'en avoir le moins possible car si j'en ai,
je ne suis pas ouvert à ce qui se présente
à moi et doit se passer dans le moment présent.
Je ne serais alors pas perméable à ce
que la vie doit m'apporter d' intéressant. J'ai
quand même quelques buts: relier, être en
osmose avec mon public.
Plus je dis qui je suis, plus je suis moi-même,
plus j'entrerai en communion avec le public. Il me reconnaîtra
et je le reconnaîtrai. J'essaye de réveiller
la sensibilité du public car ce faisant, je réveille
la mienne et les deux entrent en résonance.
Quand
vous êtes devant votre public, êtes-vous
devant un groupe ou devant une multitude d'individus?
Ni l'un ni l'autre. Devant une multitude d'individus
peut-être mais pas dans leur personnalité.
Cela se passe d'émotion à émotion,
de coeur à coeur, d'âme à âme.
J'essaye de ne pas m'adresser à Pierre, Paul
ou Jean en sachant qui il est. Parfois, j'en tiens compte.
Comme quand je suis, devant un public d'hommes d'affaires
mais davantage pour les tirer hors du rôle dans
lequel leur job les 1 entraîne, pour dépoussiérer
leur ; conscience. Ils ne m'en veulent pas, je dis tout
haut ce qu'ils pensent tout' bas. Mais eux ont un enjeu
(leur place, leur patron, etc.), moi, je ne suis inféodé
à personne.
Quels
seraient les chemins les plus courts pour que "Je"
rencontre "Nous" ?
Pourquoi faut-il y aller par le chemin le plus court?
Pour gagner du temps? Parce que nous sommes absorbés
par notre finitude? Comment rencontrer le "Nous"
par le chemin le plus court où stress, temps,
rendement nous imposent leur loi? Je ne cherche pas
le chemin le plus court parce que je n'ai plus besoin
de gagner du temps. Ne croyez pas que je glande, non,
loin de là, je m'organise. Plus le chemin est
long, plus j'ai des possibilités d'apprendre.
En août, j'ai fêté mes 40 j ans,
je ne travaille pas en cette période de vacances,
j'ai voulu faire quelque chose que je n'aimais pas et
bousculer cette certitude que je ne l'aimais pas. J'ai
choisi de faire du vélo. Je détestais
ce sport, je le trouvais inutile. J'ai acheté
un vélo, deux jours après je suis parti
à Rome. 1800 km tout seul. J'y suis arrivé
après 25 journées. Le chemin le plus court
aurait été de prendre l'avion à
Zaventem et d'y être trois heures après
mais qu'est-ce que j'aurais appris? J'ai tout appris
en 25 jours, l'endurance, la volonté, le paysage,
les gens, moi-même. Pour que "Je" rencontre
"Nous", il faut prendre le chemin le plus
long: on a oublié les vertus de la patience,
de la persévérance. L'important est d'être
en chemin, pas d'arriver comme le veut la société
actuelle.
On fait des études, on est bardé de diplômes:
je me fous de tout cela, ce qui m'intéresse,
c'est le chemin que l'on fait... Le véritable
enseignement, c'est l'erreur, tout le contraire de ce
que l'on apprend à l'école!
Un autre artiste, Adamo, déclare dans
la Libre Belgique (17-18 août 2001) : "Un
des paradoxes de notre temps: on cherche l'autre mais
on en a peur... D'où le succès du virtuel,
d'Internet, où l'on peut rester en surface...".
Qu'en pensez-vous?
Je suis d'accord avec lui. On se donne l'illusion de
la communication. Or, entrer en relation avec l'autre,
c'est se re-lier. On en revient au "Je", Avec
le téléphone, Internet, on n'implique
pas le "Je". Ces méthodes permettent
à l'ego de croire qu'il entre en communication
en faisant l'économie de la relation. C'est pourquoi
j'ai besoin du one man show pour aller vers l'autre.
Je le vois sourire, grimacer, bâiller, il me voit
"trébucher"... Je dois accepter que
l'autre puisse voir mes faiblesses et me les montrer.
En
allant dans les cliniques, en organisant des formations,
des colloques, vous luttez contre le repli sur soi?
Je ne vais contre rien. Quand je n'aime pas quelque
chose, je n'essaye pas de le détruire, j'augmente
son contraire. Quelques exemples: les ténèbres
n'existent pas, il ne faut pas les combattre, il faut
allumer une chandelle... Il ne faut pas lutter contre
la bêtise mais augmenter Je savoir... La règle
de notre société occidentale, c'est l'injustice:
Créons de la justice en commençant par
partager et l'injustice disparaîtra sans qu'on
ait eu à la combattre.
Mais dans mes spectacles en clinique ou dans mes formations,
c'est une autre démarche. J'aide les personnes
à devenir elles-mêmes. Et le résultat,
c'est que les gens se replient effectivement moins sur
eux-mêmes car je donne de l'importance à
leur "Je". Je mets mon "Je" à
la disposition du leur. Quand quelqu'un sort d'une représentation
de Paolo Doss, il ne faut pas qu'il se sente Paolo Doss
mais lui-même.
Paradoxalement, plus le "Je" des personnes
s'affirme, plus elles entrent en communication avec
les autres.
Vous
jouez avec les mots. Qu'auriez-vous comme idée
de sketch pour unir le "Je" et le "Nous"
?
Je dirai "Je" = "Moi" mais aussi
= "Jeu". Jouer pour rejoindre l'autre. D'ailleurs,
sur scène, Paolo Doss Joue...
Ce n'est pas anodin que "Je" et "Jeu"
aient phonétiquement le même son. Je, jeu,
jouer, on arrive au mot "spirituel" dans les
deux sens du terme: déité mais aussi humour.
L'homme a ceci de formidable qu'il a décidé
d'oublier d'où il venait, d'oublier son essence
divine pour se créer à nouveau en jouant.
Je joue le "jeu" parce que je suis venu sur
terre pour jouer le "Je".
Ceux qui ne jouent pas leur "Je", sous prétexte
que ceci, que cela, que ce n'est pas bien de dire ce
que l'on est..., c'est comme un footballeur qui s'entraîne
tous les jours mais qui le soir du match refuse de jouer.
J'ajoute une petite précision: individualité
n'est pas individualisme. Il faut qu'il y ait reliance.
Je prends le pari que le monde se portera mieux lorsque
chacun jouera le "Je".
Propos recueillis par Jacqueline RENARD
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